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Un ingénieur agronome parle de l’insécurité alimentaire en RDC : la situation actuelle, les causes principales et les tentatives de solutions

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INSECURITE ALIMENTAIRE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO : LA SITUATION ACTUELLE, LES CAUSES PRINCIPALES ET LES TENTATIVES DE SOLUTIONS

  1. Introduction

On observe un degré élevé d’insécurité alimentaire dans les pays qui connaissent une crise prolongée, qu’elle résulte de catastrophes naturelles, des conflits récurrents, de la persistance d’une pénurie alimentaire, de la perte des moyens d’existence ou de l’incapacité des institutions à faire face à l’adversité. En moyenne, la proportion d’individus sous-alimentés est près de trois fois plus importante dans les pays qui connaissent une crise prolongée que dans les autres pays en développement.

L’insécurité alimentaire est une situation caractérisée par le fait que la population n’a pas accès à une quantité suffisante d’aliments sans danger et nutritifs pour avoir une croissance et un développement normaux, être en bonne santé et mener une vie active. L’insécurité alimentaire peut être due à l’insuffisance de la disponibilité alimentaire, à l’insuffisance du pouvoir d’achat, à des problèmes de distribution ou à l’inadéquation de la consommation alimentaire à l’échelon des familles. L’insécurité alimentaire, les mauvaises conditions d’hygiène et d’assainissement et l’inadaptation des pratiques de soin et d’alimentation sont les principales causes de problèmes nutritionnels (FAO, 2000).

De ce fait, il s’entend que l’insécurité alimentaire désigne la situation des populations qui sont en deçà du seuil requis pour s’alimenter à partir de leur propre production et/ou de leur revenu annuel et qui sont obligés de consommer leur épargne, parfois vendre leurs moyens de production ou de solliciter la solidarité (CILLS, 2004). Il faut ajouter à cela que la vulnérabilité est une situation d’exposition à des facteurs de risque mais aussi la difficulté de faire face à la situation, l’incapacité de se défendre. D’une manière générale, la vulnérabilité est la probabilité pour un ménage ou un individu de voir sa situation se dégrader sous l’effet de risques ou de chocs auxquels il est exposé.

Les causes profondes de la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition sont liées à un ensemble de facteurs imbriqués, tels que la pauvreté, la santé, l’hygiène, l’accès aux services sociaux de base, les comportements alimentaires, les normes socio-culturelles, la faiblesse de la production, l’accès aux marchés, l’inadéquation de certaines politiques, ainsi que les aléas climatiques et autres chocs récurrents qui font qu’un nombre élevé de personnes se trouvent dans un état de fragilité quasipermanent.

Pour faire face à ces crises récurrentes, des outils d’analyse de la situation et d’identification des populations vulnérables ont été mis en place et améliorés au fil des années dont le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire.

  1. Le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire

Le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (IPC) est une échelle mondiale commune pour classer la gravité et les causes de l’insécurité alimentaire et la malnutrition. L’IPC devient de plus en plus la norme internationale pour classer l’insécurité alimentaire et la malnutrition. Au niveau mondial, il est supporté par l’Unité mondiale de soutien à l’IPC (GSU) qui fonctionne au niveau de la FAO à Rome. Le GSU a comme partenaires : FAO, PAM, FewsNet, OXFAM, Action contre la Faim, etc.

L’IPC est un ensemble de protocoles (outils et procédures) qui permet de classifier la sévérité de l’insécurité alimentaire et fournit des connaissances concrètes utiles à la prise de décision.

Description des phases de la classification de l’IPC aiguë

Cet outil d’analyse de la sécurité alimentaire estintroduit en RDCdepuis 2007 et sa première utilisation est de 2008. Il fournit chaque année la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle du pays grâce à des analyses qui sont effectuées en provinces par les Groupes Techniques de Travail (GTTIPC) mis en place à cet effet ; lesquels groupes sont multisectoriels et comprennent toutes les parties prenantes dans la sécurité alimentaire et la nutrition. Un Groupe Technique de Travail au niveau national fait la consolidation des résultats des analyses des provinces et produit une Fiche de communication présentant les principaux résultats des analyses.

De là, il faut comprendre qu’en République Démocratique du Congo, l’IPC est intégré dans les groupes techniques de travail guidés et mis en œuvre par le biais du Groupe Technique de Travail-IPC National. Cette approche est couronnée de succès et garantit que l’IPC est axé sur la demande et est intégré dans le processus et structures d’information et d’analyse de la sécurité alimentaire.

III. Point sur l’insécurité alimentaire et nutritionnelle

3.1. La situation actuelle

La RDC est un pays qui connait une crise prolongée résultant principalement des conflits récurrents dans sa partie orientale et il y a deux années de cela, la partie centrale s’est ajoutée avec le phénomène Kamwina Nsapu. Cette récurrence des conflits a un impact considérable sur l’évolution des effectifs de personnes en insécurité alimentaire et nutritionnelle. Les effectifs en question sont présentés dans le graphique ci-dessous découlant des résultats de la pratique de l’IPC sur les six dernières années c.à.d. de 2014 à 2019.

Il est aisé de constater que la tendance de l’évolution des effectifs de personnes en insécurité alimentaire est à la hausse. Sur les six dernières années, ces effectifs ont augmenté de 58.3%. Les populations en insécurité alimentaire et nutritionnelle se trouvent dans les territoires classifiés en phase 3 (crise) et 4 (urgence). Pour l’analyse couvrant la campagne 2019/2020, la localisation de ces populations est représentée dans la cartographie ci-dessous :

Il ressort de cette analyse que des 109 territoires ciblés, 52 territoires ont été classés en phase 3 et 15 territoires en phase 4. Sur 60,7 millions des personnes des zones rurales analysées, 15,87 millions de personnes, représentant 26% de la population analysée, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë (Phase 3 et 4), dont plus que 4 Millions en situation d’Urgence (phase 4).

L’analyse du 16ème Cycle IPC effectuée en Juin 2018 quant à elle, a indiqué qu’environ 13,1 millions de personnes sont estimées en phases 3 et 4 (phase de crise et d’urgence), représentant 23% de la population rurale des 101 territoires sur 145. Les tendances dégagent donc une légère détérioration de la situation malgré l’assistance apportée par certains partenaires techniques et financiers au cours des deux derniers cycles IPC (RDC, 2019).

3.2. Les causes principales

Les causes principales de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont liées aux faits suivants :

  • La situation sécuritaire préoccupante et instable à l’Est et au Centre du pays ; ● L’insécurité, l’activisme des groupes armés et les conflits intercommunautaires avec comme conséquence les déplacements de populations, le mauvais état des routes de desserte agricole limitant les activités agricoles, les approvisionnements en denrées alimentaires de base, ainsi que les activités économiques, notamment le petit commerce dans certaines zones rurales du pays ; ● Le retard et le déficit des pluies dans certaines zones, les épidémies, la limitation de l’accès aux champs, etc.

3.3. Existe-t-il une volonté politique de prendre l’insécurité alimentaire en charge ?

Il est un fait que les pouvoirs publics ont souscrit aux différents engagements et initiatives mondiaux visant à réduire la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la malnutrition (ODD, amélioration de la nutrition et la promotion de l’agriculture durable, le mouvement SUN).

Plus récemment, la RDC à l’instar des autres pays de l’Union Africaine a fait sienne les recommandations de la Déclaration de Malabo de 2014, adoptée par les Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine. Ces recommandations sont relatives, d’une part, à l’accélération de la croissance et de la transformation des produits agricoles en vue d’une prospérité partagée et des meilleures conditions de vie, et d’autres parts, à la sécurité alimentaire en vue d’une croissance économique inclusive et d’un développement durable en Afrique.

3.4. Les tentatives de solution

Depuis 2009, plusieurs Documents de politique ont été formulés dans le but de prendre en charge la situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle préoccupante au pays. Une grande faiblesse a toujours été l’absence des ressources financières pour la mise en œuvre des actions préconisées. Le dernier Document de politique en date est de 2017. Il s’agit du Document de « Politique Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle » élaboré dans le cadre d’un Projet de coopération technique avec l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). L’Objectif général de la Politique Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle est de contribuer à l’éradication de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition sous toutes ses formes afin de permettre à la population congolaise de jouir des capacités physiques, intellectuelles et psychoaffectives optimales et de mener une vie active et productive à l’horizon 2030.

Un atelier résidentiel venait d’avoir lieu à Matadi dans la Province du Kongo Central du 19 au 22 Février 2020 pour l’élaboration d’un Plan d’action stratégique de la Politique Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle. Il est question d’attendre voir ce que sera la mise en œuvre de ce Plan d’action qui du reste a donné des orientations dans l’identification des activités à mettre en œuvre selon les axes stratégiques et leurs objectifs spécifiques.

Robert NGONDE NSAKALA, Directeur au Ministère de l’Agriculture, Ingénieur Agronome (Economie Agricole), Spécialiste des questions de Statistiques agricoles, Spécialiste des questions de Sécurité alimentaire.

Références bibliographiques

CEEAC : « Projet de Document de Politique Agricole Commune (PAC), Avril 2013, avec les appuis techniques de la FAO et le Hub Rural.

FAO : « La résilience des moyens d’existence- Réduction des risques de catastrophe pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle », Rome, 2013.

FAO : L’insécurité alimentaire : La fin au quotidien et la crainte permanente de la famine. Rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde. Rome, 2000.

SADC: « Regional Agricultural Policy (RAP), Maputo, September 2014.

RDC : Rapport mission conjointe de la campagne agricole 2018, Ministère de l’Agriculture, FAO et PAM, Kinshasa, 2019.

RDC : « Politique Nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle », FAO, Ministère de l’Agriculture et Ministère de la Santé Publique, Kinshasa, 2019.

RDC : Fiche de communication IPC du 16°Cycle, GTT-IPC, Août 2018.

RDC : Fiche de communication IPC du 17ème Cycle, GTT-IPC, Août 2019

 

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