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Réchauffement irréversible, phénomènes extrêmes : ce que contient le dernier rapport du GIEC

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Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a présenté le lundi 9 août 2021 sa plus importante publication depuis 2014. Les conclusions sont alarmantes.

« Ce rapport devrait faire froid dans le dos à quiconque le lit. Il montre où nous en sommes et où nous allons avec le changement climatique : dans un trou qu’on continue de creuser », alerte le climatologue Dave Reay.

D’après les scientifiques, le réchauffement de la planète pourrait en effet atteindre le seuil de +1,5°C autour de 2030, dix ans plus tôt qu’estimé, menaçant l’humanité de nouveaux désastres « sans précédent », déjà frappée par des canicules et inondations en série.

Ce premier rapport d’évaluation depuis sept ans, adopté vendredi par 195 pays, passe en revue cinq scénarios d’émissions de gaz à effet de serre, du plus optimiste, certains diraient utopiste, à l’hypothèse du pire. D’ici 2050, la hausse se poursuivrait bien au-delà du seuil des +1,5°C, qui est une des limites-clés de l’Accord de Paris, même si le monde parvenait à réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre.

Voici les points principaux de cette première évaluation complète du réchauffement climatique depuis 2014, réalisée par plus de 230 scientifiques de 66 nationalités en se basant sur 14.000 études publiées.

Le seuil de +1,5° atteint autour de 2030

Dans tous les scénarios envisagés, du plus optimiste ou plus pessimiste, la température mondiale devrait atteindre +1,5°C ou +1,6°C par rapport à l’ère préindustrielle autour de 2030. Soit dix ans plus tôt que la précédente estimation du Giec il y a trois ans.

D’ici la fin du siècle, le seuil de +1,5°C, une des limites clé de l’Accord de Paris, serait dépassé, d’un dixième de degré jusqu’à près de 1°C, selon les scénarios.

Toutefois, dans l’hypothèse la plus ambitieuse, la température pourrait revenir à 1,4°C d’ici la fin du siècle.

Les alliés du climat faiblissent

Depuis 1960, les forêts, sols et océans ont absorbé 56 % du CO2 émis dans l’atmosphère par les activités humaines. Sans cette aide de la nature, la planète serait déjà beaucoup plus chaude et inhospitalière.

Mais ces puits de carbone, alliés cruciaux dans le combat contre le changement climatique, montrent des signes de saturation, et le pourcentage de CO2 qu’ils absorbent devrait diminuer au cours du siècle.

Le réchauffement responsable des événements météo extrêmes

Le rapport souligne les progrès exceptionnels de la « science de l’attribution », qui permet désormais de quantifier la part de responsabilité du réchauffement dans un événement météo extrême spécifique.

Les scientifiques ont par exemple montré que la canicule extraordinaire au Canada en juin 2021, avec des températures frôlant les 50°C, aurait été « presque impossible » sans le changement climatique.

Une augmentation d’environ 20 cm des océans

Le niveau des océans a augmenté d’environ 20 cm depuis 1900, et le rythme de cette hausse a triplé ces dix dernières années sous l’influence grandissante de la fonte des calottes glaciaires.

Même si le réchauffement est limité à + 2 °C, les océans pourraient gagner environ 50 cm au XXIe siècle et cette hausse pourrait atteindre près de 2 mètres d’ici 2300, deux fois plus qu’estimé par le GIEC en 2019.

En raison de l’incertitude liée aux calottes glaciaires, dans le scénario du pire, les experts ne peuvent pas exclure une augmentation de 2 mètres d’ici 2100.

Le méthane sous les projecteurs

Le Giec n’avait jamais autant parlé du méthane, avec cette mise en garde : si les émissions de CH4, deuxième gaz à effet de serre le plus important après le CO2, ne sont pas réduites, cela pourrait saper les objectifs de l’Accord de Paris.

Les concentrations de CH4 dans l’atmosphère, auxquelles contribuent les fuites venues de la production de gaz, les mines, le traitement des déchets et le bétail, dans l’atmosphère sont à leur plus haut depuis 800.000 ans.

Et il a un pouvoir de réchauffement bien plus important que le CO2, même s’il reste bien moins longtemps que lui dans l’atmosphère.

Des différences régionales

Océans, terres, atmosphère, toute la planète se réchauffe mais certaines zones plus vite que d’autres.

En Arctique par exemple, la température moyenne des jours les plus froids devrait augmenter trois fois plus vite que le réchauffement mondial. Et si le niveau de la mer monte partout, il pourrait gagner jusqu’à 20 % de plus que la moyenne sur de nombreux littoraux.

Le GIEC estime également, avec un niveau de confiance « moyen », que l’AMOC (Circulation méridienne de retournement) pourrait complètement s’arrêter, ce qui entrainerait notamment des hivers plus durs en Europe et une perturbation des moussons en Afrique et en Asie.

Un espoir malgré les sombres projections

Le deuxième volet sur les impacts, prévu pour février 2022, montre en détails comment la vie sur Terre sera inéluctablement transformée d’ici 30 ans, voire plus tôt, selon une version préliminaire obtenue par l’AFP.

« Ce rapport doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles avant qu’ils ne détruisent notre planète », a ainsi plaidé le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, accusant ces énergies et la déforestation « d’étouffer la planète ».

Au milieu de ses sombres projections, le Giec apporte malgré tout un espoir auquel se raccrocher. Dans le meilleur scénario, la température pourrait revenir sous le seuil de 1,5°C d’ici la fin du siècle, en coupant drastiquement les émissions et en absorbant plus de CO2 qu’on en émet. Mais les techniques permettant de récupérer le CO2 dans l’atmosphère à large échelle sont toujours à l’état de recherche, note le GIEC.

« Ce n’est pas une raison pour abandonner le combat »

Pour la première fois, le GIEC souligne également « ne pas pouvoir exclure » la survenue des « points de bascule », comme la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique ou la mort des forêts, qui entraîneraient le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable.

Mais ce n’est pas une raison pour abandonner le combat, au contraire, insistent scientifiques et militants. Parce que le changement climatique ne se déchaîne pas par magie à un certain seuil : chaque fraction de degré compte et renforce les impacts. 

« Nous ne laisserons pas ce rapport être remisé sur une étagère », insiste de son côté Kaisa Kosonen, de Greenpeace. « Nous l’apporterons avec nous dans les tribunaux ».

Le troisième volet sur les solutions est quant à lui attendu en mars. Mais la voie à suivre est déjà largement connue pour mettre en place la transition vers une économie décarbonée.

La Nouvelle république (France) du 9 août 2021

 

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