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RDC : Quelques chercheurs inquiets de la planification familiale pour les adolescentes de 15-19 ans

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Une demoiselle présentant l'ouvrage

En matière de planification familiale (PF), les chercheurs Dieudonné Mpunga Mukendi, MD, MPH, HE ; Albert Mwembo Tambwe, MD, GynObst, MPH, PhD ; Mapatano Mala Ali, MD, MPH, PhD ; Gilbert Wembodinga Utshudienyema, MD, GynObst, PhD ; Faustin Chenge Mukalenge, MD, GynObst , MPH, PhD sont arrivés à cette conclusion : Il est indéniable que l’adolescente est une cible importante et pertinente de la PF. Les résultats des études présentés dans cette Note de Politique montrent que la PF chez l’adolescente en RDC fait face à plusieurs défis, notamment l’insuffisance de la régulation en la matière, une offre insuffisante et de moindre qualité ainsi qu’une perception erronée de la contraception par cette tranche de la population. D’où l’importance de poser des actions synergiques de renforcement de la régulation, d’extension des services de PF conviviaux couplée à la formation et suivi des prestataires, ainsi que d’éducation en matière de SSR au bénéfice des adolescentes.

Ils ont publié une note politique intitulée « La planification familiale chez les adolescentes de 15 à 19 ans en République Démocratique du Congo » dans le site de l’Ecole de santé publique de l’Université de Kinshasa, en août 2020.

Ils ont souligné que la prévalence contraceptive est faible et les besoins contraceptifs non satisfaits élevés chez les adolescentes de 15-19 en RDC. L’amélioration de cette situation devrait passer par le renforcement et la mise en œuvre des politiques de PF appropriées pour les adolescentes, l’extension d’une offre des services de PF de qualité, l’amélioration des connaissances et de l’acceptabilité des services de PF et des méthodes contraceptives par les adolescentes.

Pour eux, les obstacles à l’utilisation de la PF peuvent être en relation avec le choix limité des méthodes contraceptives, l’accès limité aux services de contraception, en particulier chez les adolescentes non mariées et les groupes les plus pauvres, la crainte ou l’expérience d’effets secondaires de certains contraceptifs, l’opposition culturelle ou religieuse à la contraception, la qualité médiocre des services disponibles, les a priori des utilisateurs et des professionnels de santé, les obstacles fondés sur le sexe.

Parlant du contexte actuel de la planification en RDC, les chercheurs ont écrit : Environ 16 millions d’adolescentes de 15 à 19 ans accouchent chaque année à travers le monde et près de 4 millions subissent des avortements non sécurisés. Les complications de la grossesse et de l’accouchement constituent la deuxième cause de décès dans ce groupe. Ces faits contribuent à la persistance de la forte mortalité maternelle et néonatale surtout dans les pays à faible revenu d’Afrique Sub-saharienne. Les rapports sexuels non protégés avec les adolescentes sont un facteur de risque de la survenue des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmissibles au sein de ce groupe. Les grossesses non désirées pendant l’adolescence peuvent faire dérailler les projets d’une vie en entraînant un niveau de scolarité moins élevé, un revenu plus faible et un recours accru aux programmes d’aide sociale. En dehors des coûts personnels, les grossesses non désirées représentent un fardeau onéreux pour les services de santé et les services sociaux. Les facteurs favorisant les rapports sexuels non protégés sont nombreux : le mariage précoce et forcé ; le manque de vision en matière d’éducation, d’emploi et d’autonomie chez certaines adolescentes ; le faible niveau de connaissances pouvant aider à prévenir une grossesse non désirée ; l’incapacité d’obtenir des contraceptifs au moment où le besoin est ressenti ; l’incapacité de refuser les rapports sexuels forcés. Une bonne accessibilité et utilisation des services et méthodes de planification familiale (PF), qui du reste est un droit fondamental de la personne humaine, peut contribuer à prévenir la survenue des grossesses à risque. La PF est l’une des interventions ayant un meilleur rapport coût-efficacité sur la santé de la mère et de l’enfant; elle réduit la proportion des grossesses à haut risque, survenant chez les adolescentes. Cependant, la majorité des pays ne disposent pas de lois pouvant favoriser l’accès des adolescentes aux services de santé reproductive tout en préservant leur confidentialité.

Avec un indice synthétique de fécondité de 6,6 enfants par femme, la République Démocratique du Congo (RDC) fait partie des pays à forte fécondité et présente un taux de croissance démographique de 3,1%, l’un de plus élevés au monde. Cette situation interpelle, surtout lorsqu’il faut évoquer la question d’insertion des jeunes dans l’activité économique, question clé du développement et de la paix sociale. L’âge médian aux premiers rapports sexuels est de 16,8 ans pour les filles et 17,6 ans pour les garçons. On estime à 29% la proportion des mariages précoces chez les adolescentes et le taux de fécondité à 109%. Près de 25% de femmes et 3% d’hommes de 20-24 ans ont enregistré leur première naissance vivante avant l’âge de 18 ans. Environ 28% de grossesses en RDC ne sont pas désirées. A Kinshasa, la proportion de grossesses non planifiées est estimée à 60% ; d’où, près de la moitié de celles-ci se solde par un avortement provoqué, ce qui représente 26% de l’ensemble des grossesses. En 2016, le taux d’avortement était estimé à 56%, de loin supérieur au taux moyen de la région de l’Afrique centrale qui est de 35%. La prévalence contraceptive moderne est de 9,5% chez les adolescentes de 15-19 ans mariées ou vivant en couple, et 19,1% chez celles sexuellement actives mais non en couple. Sur 43,3% d’adolescentes désirant utiliser les méthodes contraceptives, seulement 12,2% sont satisfaites. Ainsi 33% des adolescentes vivant en couple et 56% non en couple ont des besoins non satisfaits en PF.

En RDC, est considérée comme offrant le service de PF, toute Formation Sanitaire (FOSA) disposant à la fois de ressources humaines qualifiées et d’une gamme variée de méthodes contraceptives, parmi lesquelles au moins une méthode contraceptive réversible de longue durée d’action. Les goulots d’étranglement à l’expansion des services de PF peuvent être liés à la disponibilité des méthodes contraceptives préférées par les adolescentes et l’organisation, surtout aux centres de santé (CS), des services de santé conviviaux offrant les méthodes et les conseils en PF en toute sécurité aux adolescentes, comme du reste cela est préconisé par les autorités sanitaires de la RDC. D’autres goulots d’étranglement peuvent être en rapport avec les caractéristiques sociodémographiques des adolescents ; la réglementation de la PF et les normes sociales défavorables.

Ils ont signalé que l’organisation de la santé sexuelle et reproductive (SSR) des adolescentes est assurée par la Direction de la santé de la famille et des groupes spécifiques (DSFGS), le Programme national de la santé de reproduction (PNSR) et le Programme national de la santé des adolescents (PNSA). Cette note d’information de politique vise à informer les décideurs locaux, nationaux et internationaux ; les acteurs institutionnels, politiques, et autres sur la nécessité de promouvoir l’utilisation durable des services et des méthodes contraceptives par les adolescentes en vue de contribuer à la réduction des grossesses précoces et non désirées qui sont une cause importante de la mortalité maternelle.

Pour les chercheurs, cette note politique s’adresse particulièrement au ministre de la santé, au secrétaire général à la santé, aux directeurs de la Direction de la santé de la famille et des groupes spécifiques (DSFGS), du Programme national de la santé de reproduction (PNSR) et du Programme national de la santé des adolescents (PNSA), aux Divisions provinciales de la santé (DPS) ; aux Médecins chefs de zone de santé (MCZ); et aux responsables des formations sanitaires.

LP

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