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RDC: Face à la résistance antimicrobienne en production végétale, le professeur Lyna Mukwa propose des pistes de solution

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L’augmentation de la population mondiale entraine une demande de plus en plus croissante de la nourriture et un accroissement du risque d’insécurité alimentaire, particulièrement dans les pays en développement où les questions nutritionnelles demeurent un enjeu de premier plan. A ce jour, le monde compte près de 7 milliards de consommateurs, exigeant de plus en plus une nourriture saine, de qualité supérieure, répondant ainsi aux 17 objectifs de développement durable. Cette situation a entrainé une utilisation accrue de nouvelles technologies concourant à une grande tendance à la production intensive des denrées agricoles, la rareté des terres agricoles, la modification des écosystèmes naturels et la forte pullulation et émergence des bio-agresseurs (maladies et ravageurs) des plantes cultivées. Ces propos sont du professeur Lyna Mukwa le vendredi 16 novembre 2018, lors de l’atelier d’échange d’informations et  d’expériences scientifiques sur les antibiotiques et résistance antimicrobiennes, au collège Boboto à Kinshasa. La rencontre a été organisée dans le cadre de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques par le Programme de Renforcement des Capacités en Enseignement et Recherche en Sciences de l’Environnement (PRCERSE)

Selon l’oratrice, de manière globale les plantes cultivées sont sujettes à divers bioagresseurs (Virus, champignons, bactéries, insectes, nématodes, etc.) qui affectent la production agricole et diminuent considérablement le rendement des cultures. Depuis plus d’un siècle, les moyens de lutte plus ou moins efficaces ont été développés et mise en place afin de réduire l’incidence de ces bio agresseurs. Ainsi, les moyens de lutte physique et mécaniques intégrant la destruction mécanique des insectes ravageurs ; la lutte culturale axée sur rotation culturale, le respect des calendriers culturaux et la lutte biologique et génétique ont été développés. Plus tard les méthodes chimiques utilisant les pesticides de synthèses ont aussi été mises sur pied pour des traitements à très grande échelle. Mais l’usage de ces derniers est resté centré sur la lutte anti fongique, car la lutte contre l’utilisation des maladies bactériennes des plantes par usage des antibiotiques et prohibée.

Malheureusement, a-t-elle souligné, ces traitements chimiques en masse ont généré des problèmes environnementaux de taille (la pollution des nappes phréatiques, la pollution environnementale : contamination des nappes phréatiques, disparition de certaines espèces de flore et faune, des problèmes de rémanence et de résidus des pesticides dans les produits agricoles récoltés, plus spécifiquement dans les fruits et légumes. Mais, cette utilisation répétée des pesticides de synthèses a contribué aussi à l’émergence des souches résistantes des certains agents phytopathogènes, notamment chez les champignons phytopathogènes. Le cas le plus proche est la gestion de la maladie des raies noires du bananier appelé aussi black Sigatoka du bananier.

La maladie des raies noires du bananier est due à un champignon du nom de Mycosphaerella fijiensis, ascomycètes qui entraine des lésions étirées de couleur d’abord jaune, ensuite brunâtre sur les feuilles de bananier, donnant ainsi à la plante un aspect de brûlure des feuilles. Cette maladie est l’une des plus importantes pouvant causer des pertes de rendement allant de 33 à 76% en production de bananier, avec plus de 50 traitements phytosanitaire/an afin de diminuer la pression parasitaire, a-t-elle averti.

Au vu des conséquences néfastes des pesticides sur la santé humaine, particulièrement en production des cultures maraichères où les pesticides sont abusivement utilisés, le professeur Lyna Mukwa a indiqué que les voies alternatives sont en cours d’études à la Clinique des Plantes de Kinshasa, en République démocratique du Congo. Les options de lutte contre les bioagresseurs des végétaux en utilisant les extraits des plantes sont explorées actuellement comme une alternative à la lutte chimique contre les maladies et ravageurs des plantes. L’usage des plantes telle que le neem (Azadiracta indica), le Tephosia vogelii, le Datura stramonium communément appelé 36 oiseaux, ont donné des résultats assez prometteurs qui permettraient leur utilisation dans la lutte contre les maladies des plantes, plus spécifiquement en culture maraichère où se pose le problème des résidus de pesticides chimiques. L’autre alternative à la lutte chimique en cours d’expérimentation à la Clinique des Plantes de Kinshasa, est l’utilisation des substances telle que le silicium (Si+) qui réduit le développement de certains champignons phytopathogènes.

Elle estime que la problématique de la résistance antimicrobienne (RAM) reste un enjeu majeur pour la protection des récoltes, l’usage non raisonné des antimicrobiens (Pesticides) dans les exploitations agricoles du pays contribue à la propagation de la RAM et entraine un cataclysme environnemental sans précèdent. Car, les agents phytopathogènes résistant se déplacent dans l’environnement par le biais des déchets animaux, de résidus des cultures, du ruissellement agricole, des vecteurs insectes etc. Ils contaminent ainsi tous les systèmes alimentaires, les chaînes de commercialisation, le sol tout en détruisant les microbes utiles à la décomposition de la matière organique.

Ces microbes résistant se déplacent ainsi,  des champs vers les installations destinées à la production animale (les écuries, étables etc.) pour finir dans les assiettes des consommateurs. Dans cette situation, les mesures simples et urgentes méritent d’être prises à tous les niveaux. Bien que l’usage des antibiotiques soit proscrit en agriculture, les décideurs devraient règlementer l’usage des pesticides chimiques de synthèse. Ces derniers devraient encourager la formation des agriculteurs à l’usage des pesticides chimique. Les agriculteurs quant à eux devraient adopter des bonnes pratiques phytosanitaires en respectant les doses et la durée de rémanence des pesticides chimiques (antimicrobiens), a-t-elle dit.

Elle a poursuivi en affirmant qu’au niveau des consommateurs, la lutte contre la résistance antimicrobienne et notamment celle des pathogènes à l’origine des maladies, devraient passer par l’adoption de bonnes pratiques alimentaires, une exigence des aliments beaucoup plus biologique et de qualité supérieure.

En définitive, la lutte contre la résistance antimicrobienne est une affaire de tous, médecins, pharmaciens, agronomes, vétérinaires, bref à tous les corps de métier de biosciences. Elle nécessite l’intégration des facteurs relatifs à divers domaines en RD Congo.

Signalons que le professeur Lyna Mukwa Fama Tongo est Master en protection des plantes tropicales et subtropicales de l’Université de Liège, Docteur en sciences Agronomiques de l’Université catholique de Louvain en Belgique, Directrice de la Clinique des Plantes de Kinshasa au sein du Centre agronomique et vétérinaire tropicale de Kinshasa (CAVTK).

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