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Me Gérard Kamanda avait affirmé : « le destin de la RDC est étroitement lié à sa capacité scientifique et technologique »

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Me Gérard Kamanda wa Kamanda

Ce ne sont pas les réflexions qui font défaut en RDC, mais leur prise en compte par la communauté. Le Papyrus vous livre le discours de feu Me Gérard Kamanda wa Kamanda,  alors ministre de la Recherche scientifique et technologique, à la clôture des Etats généraux de la recherche scientifique. Ce discours a été prononcé le 26 mai 2005, mais garde encore aujourd’hui toute son actualité. Le pays continue à tâtonner pour se lancer dans la voie du progrès. Mais il n’est pas encore tard. Voici l’intégralité de ce discours :

Excellence Monsieur le Vice- Président de la République

Votre présence à cette manifestation est un motif de réelle joie pour le Ministère de la Recherche scientifique et technologique. Elle témoigne en outre tout l’intérêt que vous portez aux activités du Ministère.

Honorables Sénateurs,

Honorables Députés,

Excellences Messieurs les Ministres,

Excellences Messieurs les chefs des Missions diplomatiques,

Distingués invités,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

Dès l’apparition de l’homme sur cette terre, et jusqu’à nos jours, l’échange d’expériences et le transfert de connaissances ont été parmi les plus puissants moteurs de développement.

Aujourd’hui, cet échange d’expériences et le transfert du savoir se font au cours des forums, comme celui auquel vous avez été conviés.

Le thème de ces premiers Etats Généraux étant le développement durable de la République Démocratique du Congo : « Défis pour la Recherche Scientifique et Technologique ». Vous avez planché quatre jours durant en Panels et Ateliers pour étoffer le travail qui vous a été présenté par le Comité d’Organisation après une large consultation de la communauté nationale et des milieux  scientifiques extérieurs.

Après un diagnostic pertinent de la situation actuelle de la Recherche Scientifique et Technologique en République  Démocratique du Congo, un Projet de Plan Stratégique de Développement de la Science et de la Technologie vous a été présenté.

Ce plan que vous venez d’adopter, contient les éléments essentiels de la nouvelle vision de la politique scientifique qui repose sur des principes et des repères pour la promotion de la science et de la technologie en vue d’un développement durable de notre pays.

L’adoption de ces principes par les présentes assises permettra d’élaborer un plan pluriannuel comprenant les actions prioritaires.

Cependant, l’exécution de ce plan exige la maîtrise de certains facteurs et la réalisation de certaines conditions dont notamment :

  • la paix et la stabilité politique,
  • la volonté politique de mise en œuvre de la nouvelle politique scientifique ;
  • la mobilisation des ressources et l’octroi des crédits.

Excellence Monsieur le Vice- Président,

Distingués invités,

Je voudrais, croire que les Etats Généraux qui se terminent, marquent le point de départ d’une prise de conscience par les scientifiques congolais, de la rationalité qui fonde la relation dialectique entre le savoir, le pouvoir et l’agir.

Il ne s’agit donc pas, pour eux, de se résigner à observer la misère ambiante, physique, matérielle, sociale et morale, et, à assister à toutes les régressions, à tous les reculs, à la liquidation des valeurs d’efficacité, à voir la gestion de l’Etat se transformer, comme disait l’autre dans un verbe acerbe, « en un bouillon d’inculture, un salmigondis d’incapacités ».

Assumer le refus critique, dans ces conditions, n’est-ce pas le premier devoir de l’intellectuel, s’il ne veut se renier, d’autant que par son savoir et sa conscience, il est porteur des espoirs d’un peuple ?

L’histoire des hommes est une histoire des mutations. Jamais leur rythme n’a été aussi rapide qu’aujourd’hui. Ce qui prenait autrefois mille ans demande aujourd’hui mille jours, voire moins.

Nous devons non seulement surveiller la nature de ces mutations mais saisir leur vitesse.

Le défi de la compétition mondiale, l’entrée dans l’ère du savoir doit constituer une de nos préoccupations essentielles, si pas majeures, car  il faut s’informer intimement de la révolution technique, de ses conditions et de ses conséquences pour apprendre comment notre pays pourrait en devenir maître à son tour.

La République Démocratique du Congo dispose du potentiel intellectuel de sa jeunesse –si elle est formée- et de la créativité de son peuple. C’est une richesse essentielle.

Quelle voie choisir pour assurer la création des richesses et d’emplois ?

Quelles pistes emprunter ? En voici quelques unes :

° Consacrer un budget conséquent pour l’acquisition et la maîtrise des nouvelles technologies ;

° Investir dans le savoir et l’avenir ;

°Chercher les bonnes réponses à travers l’adaptation du potentiel technologique au développement.

C’est aux USA que la révolution du savoir est née pour transformer en produits industriel et éducatif du monde : transistors, microprocesseurs, ordinateurs, logiciels, réseaux, etc.

L’Asie a su appliquer les inventions américaines pour les transformer en produits et en profits et aller plus avant.

Pourquoi pas la République Démocratique du Congo ?

Comment créer une dynamique fondée sur le besoin immense, mais raffiné et exigeant, de la créativité scientifique ?

C’est là que se joue le destin des nations et singulièrement le destin de notre pays, qui est pourvu de ressources naturelles diversifiées et stratégiques (métaux, pierres précieuses, ressources hydrauliques et hydriques, biodiversité etc.)

L’objectif économique et scientifique est clair : amener le progrès social au niveau qui est dû aux congolais d’aujourd’hui et de demain.

Les ressources naturelles comme le pétrole, l’or ou l’acier jouent un rôle rapidement décroissant.

Les véritables richesses maintenant sont le savoir, l’éducation, la connaissance. Des populations éduquées sont maintenant seules créatrices.

Si l’opinion publique est éduquée pour comprendre que la science et la connaissance représentent un espoir concret qui concerne chacun, et offrent le vrai défi aux meilleures intelligences, nous en trouverons l’effet chez les jeunes les plus doués.

Le vrai message que nous tenons à passer, c’est que l’ère scientifique, si nous savons l’exploiter, permettra à chaque compatriote de se développer lui-même, de devenir et de rester son propre maître.

La vie ne se limite pas aux domaines enseignés à l’école. Elle ne se limite pas non plus au travail. La vie est un tout, et dans chaque partie de ce tout, il faut pouvoir exceller.

La « richesse des nations » ne repose plus sur l’accumulation des usines, mais sur l’approfondissement des connaissances. Les scientifiques en parlent, mais redoutent la responsabilité politique. Les politiques ont l’esprit occulté par l’équation : robots égalent chômage.

Les peuples du Sud-est asiatique, libérés du prestige de la puissance militaire, ont pris le cap et n’ont plus hésité.

Pour chaque décision, chaque investissement, chaque priorité, ils s’appliquent d’abord à la formation des hommes, qui permet et accompagne l’automatisation des processus. Les résultats sont là ! Les Tigres du Sud- Est Asiatique : Taïwan, Singapour, Corée du Sud et Hong Kong.

Leur bilan est sans équivoque : ils se sont hissés par eux-mêmes hors du sous-développement par l’automatisation des usines et la formation des intelligences, qui vont de pair.

« Il n’y a pas de miracle, il y a l’intelligence »

La révolution informatique permet à un nombre sans cesse croissant de devenir eux-mêmes des décideurs parce qu’ils peuvent maîtriser l’essentiel de ce que réclame la décision : l’information.

Aujourd’hui, nous vivons une autre étape grâce à la science : celle où la richesse des nations est fondée sur le savoir.

La République Démocratique du Congo est un sous-continent disposant d’énormes ressources naturelles. Ni sa richesse potentielle, ni sa taille ne détermine sa valeur, c’est la somme des connaissances, d’intelligences dont elle est irriguée qui lui donnent toute sa valeur. Ainsi le destin de notre pays est étroitement lié à sa capacité scientifique et technologique.

Notre pays manque, aujourd’hui, davantage de défis que des talents. Si les cerveaux ne sont pas stimulés par des défis, ils cessent d’être créatifs. C’est aux responsables politiques d’éclairer les enjeux de l’avenir.

On manque rarement de talents, c’est la vision, l’ambition qui font défaut. Nous devons être au courant, à chaque instant, de l’état de progrès dans le monde et nous mettre à niveau.

Pour relever les défis mondiaux, tout va dépendre de l’excellence de notre éducation.

La situation appelle l’avènement  d’un nouveau leadership, celui de l’intelligence.

Dans le domaine de l’alimentation et de la santé, les nouvelles technologies peuvent apporter d’immenses progrès à la majorité de la population congolaise.

L’époque moderne est caractérisée par la diffusion de la richesse et du pouvoir.

Dans les époques antérieures, à l’âge de la pénurie, la possession était le seul pouvoir, et on ne distinguait pas entre le pouvoir économique et le pouvoir politique : être puissant, c’était avant tout échapper à la misère générale.

Les bouleversements du savoir entraînent d’immenses bouleversements dans l’ordre du pouvoir ou du moins y contribuent. La plus importante innovation de notre temps aura été la naissance d’un nouveau système de création de la richesse, fondé non plus sur le muscle, mais sur matière grise : l’intelligence.

Dans l’économie avancée, le travail ne consiste plus en une action sur les « choses », mais en celle « d’hommes et de femmes agissant sur d’autres hommes et d’autres femmes ou des gens agissant sur l’information et de l’information sur des gens.

Le savoir est devenu la clé de la croissance économique au 21ème siècle.

En fait, c’est le nouveau rôle du savoir –autrement dit, l’essor du nouveau système de création de richesse- qui a fait apparaître l’économie du savoir et la charge explosive qu’elle recèle, qui a lancé les économies avancées dans une compétition mondiale acharnée, confronté les pays socialistes à l’obsolescence quasi-incurable, contraint de nombreux pays en voie de développement à mettre au rebut leurs stratégies économiques traditionnelles et qui bouleverse les rapports de force dans les sphères privées, tout autant que publiques.

« Savoir est pouvoir, pouvoir est savoir »

Quelles sont les relations qui unissent, dans l’ensemble social, le savoir au pouvoir ? Je pose, ici, en d’autres termes, la question des rapports entre la manière dont un peuple organise sa pensée et la manière dont il organise ses institutions.

Bref, c’est dire que la façon dont on organise le savoir détermine souvent la façon dont on organise le peuple et vice-versa.

La meilleure source de savoir ? Une recherche scientifique et technologique évoluée, mais aussi une riche culture populaire.

L’influence globale d’une nation repose principalement sur son potentiel militaire, sa richesse et son savoir.

Il y a de nombreux « outils » ou « leviers » de pouvoir ; la violence, la richesse et le savoir sont les plus importants ? La plupart des sources de pouvoir dérivent de ces 3 éléments.

– La violence, essentiellement utilisée pour punir, est la forme de pouvoir la moins flexible,

– La richesse, qui sert à la fois à punir et à récompenser, et qui peut se transformer en de nombreuses autres ressources, est un instrument de pouvoir beaucoup plus souple,

– Mais le savoir est à la fois l’élément le plus fondamental et le plus riche, car il peut aider par exemple à éviter des situations qui exigeraient le recours à la violence ou à la richesse, et être employé pour convaincre autrui d’agir dans d’autres buts que ses propres intérêts. Le savoir donne la plus haute qualité de pouvoir.

Le savoir est encore plus mal réparti que les armes et la richesse. Il en résulte qu’une redistribution du savoir est plus importante encore qu’une redistribution des autres ressources qu’elle peut d’ailleurs engendrer.

Excellence Monsieur le Vice- Président,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs

Distingués Invités,

Il est plus que temps que la Communauté scientifique congolaise entre en action. C’est pourquoi, j’invite tous les scientifiques congolais, chacun et chacune en particulier, à prendre un engagement, celui notamment :

  1. de contribuer à relever, par des actions concrètes, les défis que représentent :                                                                                      °La science pour le savoir ;                                                                                                                                                                       °Le savoir pour le progrès.                                                                                                                                                                    °La science pour la paix ;                                                                                                                                                                      °La science pour le développement ;                                                                                                                                                        °La science dans la société et la science pour la société ;                                                                                                                °La science au service de la santé.
  2. de ne ménager aucun effort pour promouvoir effectivement le dialogue entre la Communauté scientifique nationale la Société congolaise ;
  3. d’éliminer toute forme de discrimination en ce qui concerne l’enseignement scientifique et les bienfaits de la science ;
  4. d’agir, dans nos sphères de responsabilité respectives, en coopération et dans le respect des règles éthiques, pour renforcer la culture scientifique et son application à des fins pacifiques ;
  5. de promouvoir l’utilisation du savoir scientifique en faveur du bien-être de nos populations et d’une paix et d’un développement durables.

La fin de nos travaux n’est pas la fin de la démarche engagée c’est-à-dire du processus de rénovation du secteur de la recherche scientifique. Elle sera suivie par une table ronde des bailleurs de fonds pour laquelle nous sollicitons d’ores et déjà l’appui de l’UNESCO et de la Banque Mondiale.

Je ne saurai terminer mon propos sans remercier d’une manière particulière les sponsors, les membres du comité organisateur, les participants, les modérateurs et animateurs des Panels et Ateliers pour leur contribution à l’aboutissement heureux des présentes assises. Une mention spéciale doit être faite à l’endroit de l’UNESCO et de la Banque Mondiale, dont les Représentants en RDC, quatre jours durant ont délaissé leur travail quotidien pour nous accompagner dans notre réflexion sur la contribution de la science et de la technologie au développement de notre pays. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre très sincère gratitude.

Nos remerciements s’adressent également à tous ceux qui de près ou de loin ont pris une part active à l’organisation et à l’aboutissement de ces assises. Je pense tout particulièrement aux médias qui ont assuré une large couverture de ce forum scientifique, aux secrétaires, aux hôtesses et au personnel de l’Hôtel Memling.

A tous ceux qui viennent de loin, de l’intérieur du pays comme de l’extérieur, je leur souhaite un bon retour en famille.

Merci pour votre aimable attention.

Me Gérard Kamanda wa Kamanda

 

 

 

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