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L’agriculture, l’élevage, l’exploitation du combustible ligneux et la chasse ont un impact sur les ressources naturelles du parc national Kahuzi-Biega

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« Il y a un empiétement sur les aires protégées de la République démocratique du Congo en général et sur le parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), dans la province du Sud-Kivu, en particulier ». Cette  réalité préoccupait le chercheur Lunga Z. Rigobert de l’Université de Kwango.

Dans ses pensées, il cherchait les voies susceptibles de contribuer à la pérennisation des ressources forestières du PNKB par l’analyse des impacts des activités humaines en vue de proposer des pistes de solution adéquates pour une gestion durable.

« Identifier et décrire les activités humaines sur les ressources naturelles du PNKB » était l’objectif principal qu’il s’est fixé pour ce travail.

Il avait aussi des objectifs spécifiques à savoir, déterminer le mode d’utilisation des ressources par la population riveraine ; proposer des solutions en vue de minimiser les impacts négatifs sur le PNKB ; et enfin, apprécier et proposer un mode de gestion durable des ressources ».

Il a sillonné le parc national de Kahuzi-Biega du mois de septembre 2014 à mars 2015 et publia cette étude avec ce titre « Impacts environnementaux de la pression anthropique sur les ressources naturelles du Parc National de KAHUZI BIEGA (PNKB) dans la Province du Sud-Kivu en R.D. Congo ».

L’agriculture, l’élevage, l’exploitation du combustible ligneux et la chasse sont des activités qui ont été cernés quant à leurs impacts sur les ressources naturelles du parc. A la lumière de l’analyse des données issues de l’enquête effectuée auprès de 11 villages environnant le parc qui a constitué la méthode de base de cette étude,

il ressort que l’agriculture et l’élevage sont des activités qui sont plus pratiquées dans tous les villages sauf à Katana où la chasse est plus pratiquée par les peuples autochtones (pygmées). Il se révèle que les terres les plus fertiles des villages sont situées soit aux proximités du parc soit dans le parc, 35% estiment que les terres fertiles sont éloignées du parc. Pour la plupart des agriculteurs, les terres sont de fertilité moyenne.

La superficie moyenne de champ par ménage est estimée à 1 ha pour 63% d’enquêtés. Les 47% des enquêtés affirment que la production est suffisante pour la survie des ménages, 47% autres ne couvrent pas tous les besoins des ménages avec leur production tandis que 6% se sont abstenus de répondre.

De manière générale, 28% des enquêtés pratiquent l’agriculture dans le parc et 53% autres affirment avoir d’autres activités dans le parc comme la carbonisation, l’exploitation du bois, l’élevage et l’apiculture. Les analyses ont montré que 56% des enquêtés utilisent le feu dans leur pratique culturale surtout pendant la saison sèche, 67% pratiquent l’agroforesterie.

Seulement 21% des enquêtés observent une période de jachère supérieure à 2 ans. Concernant l’élevage, la majorité des enquêtés, soit 67% affirment qu’il existe des zones de pâturage dans le milieu et des zones interdites au pâturage dans le parc.

Les zones de pâturage sont en diminution pour 50% d’enquêtés. La chèvre (27,2%), la vache (21,2%) et le mouton (16,6%) étant les animaux préférés dans tous les villages. Quant à l’exploitation du combustible ligneux, le matériel est exploité pour 62% des enquêtés dans le parc, 15% le trouvent dans les forêts communautaires et 15% autres dans les domaines privés.

Pour la chasse, les analyses de ces enquêtes ont montré que 50% pratiquent cette activité depuis plus de 15 ans, dans l’optique de pallier au déficit en protéines d’origine animale pour leur famille pour 58% des enquêtés, d’une part et de constituer une source de revenus pour subvenir à d’autres besoins des familles pour 42%, d’autre part. La vente de ces animaux se fait soit au marché noir, soit par commande.

Pour mettre un terme à cette situation, le chercheur Lunga a fait quelques suggestions. Il préconise la création de parcelles communautaires boisées pour fournir du bois de chauffe et du bois d’œuvre ; l’utilisation d’essences à croissance rapide à haute valeur énergétique ; la promotion des cultures à hautes valeurs fourragères et à usage multiple pour régénérer les zones dégradées dans les forêts communautaires et domaines privés ; la régénération et la protection des zones écologiquement dégradées.

Il estime nécessaire la formation des communautés riveraines sur l’élevage et sur l’utilisation rationnelle des pâturages, ainsi que le renforcement d’un système viable de gestion traditionnelle des pâturages dans le strict respect de la loi. « Toutes ces suggestions peuvent permettre de réduire les impacts négatifs sur les ressources naturelles du PNKB »; estime le chercheur.

Le PNKB a été créé par ordonnance présidentielle n°70/316 du 30 novembre 1970. Sa superficie fut portée à 600.000 ha contre 60.000 ha par une autre ordonnance n° 75/238 du 22 juillet 1975, afin de relier les populations de gorilles de haute altitude à celles de la forêt de basse altitude qui ne faisait pas encore partie du parc.

En contre partie, qu’avait prévu le gouvernement pour les populations qui perdaient ainsi un grand espace pour leurs activités ? L’exécutif avait-il honoré ses engagements vis-à-vis de ces populations ? La question reste posée dans la mesure où les décideurs ne prennent pas en considération les points de vue des populations qui, pour survivre, poursuivent leurs activités dans les parcs.  Espérons que les propositions  du chercheur rencontreront les desiderata des populations riveraines du parc national de Kahuzi-Biega.

JR Bompolonga

Source: www.congosciences.org

Volume 5, Numéro 1, Mars 2017

 

 

 

 

 

 

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