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Etienne Decroly : « La recherche comporte des temps incompressibles »

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La recherche sur l’un des vaccins les plus prometteurs, par le laboratoire britannique AstraZeneca, a été mise sur pause, a-t-on appris dans la soirée du 8 septembre. Une suspension décevante, mais garante de sécurité, juge Étienne Decroly, chercheur au CRNS et membre de la Société de virologie française, dans une interview accordée au journal La Croix et diffusée le 9 septembre 2020.

A la question de savoir pourquoi le laboratoire AstraZeneca a mis les études autour de son vaccin en pause, le chercheur Decroly note c’est parce qu’une maladie inexpliquée a été détectée chez un patient au Royaume-Uni. Dans la recherche, on compte trois phases de vaccination : d’abord sur un nombre réduit de personnes, puis sur des quantités de personnes de plus en plus importantes. Si, pendant l’une de ces phases, des effets graves sont détectés sur un ou plusieurs patients, on met l’étude sur pause, afin de déterminer si cela provient du vaccin ou si l’individu a été infecté par une autre pathologie, par exemple.

Pour Decroly, cela fait partie du processus de développement classique des vaccins, qui est comparable à un entonnoir : à chaque étape, des vaccins ne seront pas poursuivis ou seront retardés. Reste à déterminer si celui d’AstraZeneca est arrêté temporairement ou définitivement : l’avenir nous le dira.

Le chercheur de CRNS estime qu’apprendre que l’un des vaccins les plus prometteurs contre le coronavirus, qui a réussi les phases 1 et 2, est désormais en mauvaise posture, est forcément décevant. Mais cela prouve que les processus de contrôle existent et que la sécurité des vaccins est garantie. Il est nécessaire que chaque étape s’accompagne de beaucoup de rigueur : l’objectif fondamental est d’obtenir un vaccin qui protège suffisamment et durablement. Des autorités compétentes régulent ces essais et interrogent les compagnies, afin d’éviter la précipitation et les complications.

On voit bien qu’il y a une course entre les différents laboratoires, du fait de l’urgence sanitaire. On sent également une énorme pression quotidienne, qui pousse au résultat, au fait de découvrir des choses, de publier. Mais il faut se rappeler que la recherche comporte des temps incompressibles. Lorsque vous développez un vaccin, il faut d’abord que l’immunité soit induite et ensuite qu’elle soit durable. Et pour montrer qu’elle est durable, il ne suffit pas de 15 jours, mais d’un an ou deux, a déclaré Etienne Decroly.

JRB

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