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Eruptions volcaniques : Les symptômes respiratoires aigus ont constitué la deuxième cause la plus fréquente de consultations médicales après le paludisme au Nord-Kivu

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Le Papyrus vous propose le résumé d’un article publié en juin 2021 dans le site de l’Université catholique de Bukavu sur la santé respiratoire et les éruptions des volcans au Nord-Kivu. Le titre est en anglais « Respiratory health and eruptions of the Nyiragongo and Nyamulagira volcanoes in the DRC: a time-series analysis ». Voici en intégralité leur résumé:

Nyamulagira et Nyiragongo sont des volcans actifs situés près de Goma (Nord Kivu, République démocratique du Congo-RDC). Ces volcans sont parmi les sources les plus prolifiques de pollution en SO2 d’origine volcanique sur terre. Dans ce travail, une équipe composée de chercheurs du Musée Royal de l’Afrique Centrale en Belgique (Dr Caroline Michellier et Dr Francois Kervyn), de l’université Catholique de Bukavu en RDC (Dr Patrick de Marie Katoto), de la Katholieke Universiteit Leuven en Belgique (Prof Benoit Nemery) et de l’Université Libre de Bruxelles en Belgique (Prof Michele Dramaix), a étudié les relations spatiotemporelles possibles entre l’incidence des symptômes respiratoires aigus dans les populations vivant au Nord Kivu dans des zones jusqu’à plus de 100 km des volcans et le dégazage volcanique de SO2 produit au cours des émissions éruptives entre 2000 et 2010.

Pour y arriver, nous avons estimé le flux total de SO2 émis lors des éruptions depuis 2000 et la distribution spatiale du panache volcanique (2004-2008) en utilisant les données de télédétection accessibles au public. De même, entre l’an 2000 et 2010, le nombre mensuel d’adultes et d’enfants présentant des symptômes respiratoires aigus a été extrait des données de santé recueillies en routine par certains centres de santé et hôpitaux locaux inclus dans les zones de santé étudiées. Ensuite, le nombre mensuel de personnes présentant des symptômes respiratoires aigus enregistrés pendant ou après les éruptions a été comparé à ceux enregistrés avant les éruptions en comparant d’abord des années avec et sans éruptions, puis en considérant des fenêtres de temps plus courtes (mois).

Dans les zones de santé étudiées, nous avons remarqué que les symptômes respiratoires aigus ont constitué la deuxième cause la plus fréquente de consultations médicales (12,2 %, soit 3,2 millions de cas), après le paludisme (32,3 %, soit 8,4 millions de cas). Les émissions de SO2 ont progressivement augmenté de 30 à 50 fois en 2010 par rapport à 2002. Prenant 1999 comme référence, le taux incident de symptômes respiratoires aigües a été multiplié par trois entre 2000 et 2009. Bien que l’incidence de symptômes respiratoires aigus eût semblé augmenter après certaines éruptions, en particulier dans les zones plus proches (<26 km) des volcans, nous n’avons pas trouvé d’association temporelle cohérente (annuelle) avec les éruptions volcaniques en analysant toute la période d’observation. Cependant, lorsque nous avons><26 km) des volcans nous n’avons pas trouvé d’association temporelle cohérente (annuelle) avec les éruptions volcaniques en analysant toute la période d’observation. Cependant, lorsque nous avons analysé des fenêtres de temps plus courtes (6 mois dans l’année précédant une éruption), nous avons observé une augmentation des incidences de symptômes respiratoires aigus dans les mois éruptifs, sauf en 2010. En 2001 et 2002, les taux incidents ont été augmentés pour les centres situés à proximité de volcans (< 26 km).

En définitif, notre travail a pu montrer que les cas incidents de symptômes respiratoires aigus ont augmenté au fil des ans parmi les populations vivant autour des volcans Nyamulagira et Nyiragongo, mais nous n’avons pas trouvé d’évidence pour l’existence d’une association systématique avec les éruptions volcaniques ou l’intensité des émissions de SO2, peut-être en raison de l’absence de mesures des concentrations de SO2 au niveau du sol et de l’interférence avec les événements d’origine humaine, y compris les déplacements massifs de population causés par l’insécurité dans la région. Néanmoins, nous avons trouvé des évidences certaines entre l’incidence accrue de symptômes respiratoires aigus à la suite d’éruptions, en particulier dans les zones proches des volcans. L’évaluation de l’exposition individuelle au SO2 et aux particules ambiantes avec un contrôle adéquat de facteurs de confusion, comme les infections virales, pourrait clarifier la contribution, le cas échéant, des émissions volcaniques de SO2 en rapport avec le taux élevé et croissant des maladies respiratoires dans cette région.

Note : Il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire pour se protéger contre le SO2 car on ne peut/pourrait s’en protéger qu’en s’éloignant de la source, en restant à l’intérieur d’une habitation bien isolée (portes et fenêtres fermées) ou en portant un vrai « masque à gaz » (full face avec cartouches filtrantes spécifiques). Les masques chirurgicaux (quoique efficaces dans la lutte contre l’infection à Covid-19), protègent un peu contre les particules présentes dans les fumées » [mais on peut se rendre compte de l’efficacité très relative de ces masques chirurgicaux lorsqu’on porte un tel masque en présence de quelqu’un qui fume : les particules fines passent à travers et à côté du masque].

Caroline Michelllier, Patrick de Marie Chimusa Katoto,Michèle Dramaix, Benoît Nemery et François Kervyn

 

 

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