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Comment nourrir la RDC demain ?

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En 2018, les défis pour la survie d’une grande tranche de la population de la République démocratique du Congo sont énormes. Le nombre de personnes qui se trouvent en insécurité alimentaire sévère a augmenté de 30% pour atteindre 7,7 millions de congolais. Plus de deux millions d’enfants de moins de 5 ans se trouvent dans une situation de malnutrition aiguë sévère. Voilà ce que les statistiques officielles nous disent. Curieusement, les autorités de la RDC ne semblent pas comprendre ce que ces chiffres veulent dire. Pour elles, les statistiques ont été largement exagérées par les organisations humanitaires, dans l’espoir de pouvoir ainsi gonfler leur budget. Est-ce du cynisme, de la nonchalance ou du mépris ? A vous de juger. Ou peut-être ne comprennent-ils pas le langage des statisticiens ? Je traduis pour eux: plus de deux millions d’enfants de moins de 5 ans peuvent mourir bientôt par manque de quoi manger. Saisissent-ils l’ampleur de la catastrophe ? Sont-ils conscients que dans l’article 47 de la constitution, il est clairement dit : le droit à la sécurité alimentaire est garanti ? Pas par les dirigeants apparemment…

Contrairement à d’autres pays, le Congo n’a pas été frappé par une sécheresse, un tremblement de terre ou un tsunami. Les 4,4 millions de déplacés internes n’ont pas fui la famine, au contraire, ils ont abandonné leurs champs en fuyant la guerre et la violence, des désastres causés par les hommes, que le gouvernement n’arrive pas à résoudre ou à prévenir. La famine va les trouver dans leurs lieux de fuite. Sachant que les conflits au Congo naissent tous par une incapacité du gouvernement à installer une gouvernance de la paix, la malnutrition n’est ni plus ni moins le résultat de la mauvaise gouvernance. On comprend mieux maintenant leur refus des chiffres. Car en les acceptant, ils seraient obligés d’agir et de reconnaître leur responsabilité.

Ces chiffres nous parlent de la situation de crise à court terme, mais qu’en est-il du plus long terme ? Le Congo sera-t-il capable de nourrir sa population demain ? Pour le savoir, il faut encore recourir aux chiffres. Dommage pour ceux qui n’y croient pas, car ceux-ci sont pourtant très parlants.

« Une ineptie qui ne peut durer »

 Prenons l’Indice mondial de la sécurité alimentaire. Sur les 113 pays analysés en 2017, le RDC se trouve à la 112ième place. Seul le Burundi fait pire. En plus, comparé à l’année d’avant, quasiment tous les indicateurs qui composent l’indice ont encore reculé pour la RDC. La situation est donc en train de s’aggraver, contrairement à ce que les discours sur l’état de la nation du président cherchent à nous faire croire.

Avec une population rurale de 70% et une part de l’agriculture dans le PIB de 20%, on s’attendrait à ce que le budget national réserve à l’agriculture au moins les 10% du budget national auxquels le gouvernement congolais s’était engagé, avec ses pairs africains, dans l’accord de Maputo de 2003. Hélas, non seulement le budget pour le secteur agricole n’a jamais dépassé les 3%, mais en plus son taux de réalisation est toujours resté aux alentours de la moitié de ce qui était prévu. En d’autres termes, la quasi-totalité des dépenses réelles faites se limite au fonctionnement des fonctionnaires agricoles et quasiment aucun investissement n’est fait dans le secteur agricole. Et le peu d’investissements qu’on a bien voulu consentir, se sont avérés un échec cuisant.

Rien d’étonnant alors que la RDC dépend gravement de l’extérieur pour nourrir sa population. Chaque année, la RDC importe des aliments pour une valeur totale de 1,5 milliards de dollars, sans compter l’aide d’urgence. Pour un pays à vocation agricole, ceci est difficile à comprendre : ces aliments auraient facilement pu être produits au Congo même. Augustin Matata Ponyo Mapon, ancien premier ministre, dans son livre « Pour un Congo émergent », à la page 61, admet : « cette ineptie ne peut perdurer ». Et Joseph Kabila, président de la république, dans son discours devant le Congrès, mercredi 5 avril 2017 à Kinshasa, a dit : « Il nous faut, en effet, produire ce que nous consommons et conférer de la valeur ajoutée à nos produits destinés, non seulement à la consommation domestique, mais aussi à l’exportation, en vue de les rendre plus compétitifs. » Ce ne sont donc pas les paroles qui manquent, mais bien les actes.

La croissance démographique est sous-estimée

 Regardons l’avenir ensemble. Une planification de la sécurité alimentaire commence par une bonne compréhension de la situation démographique. Le seul et unique recensement de la population date de 1984. Qui, 34 ans plus tard, ose encore dire qu’il connaît la taille de la population congolaise ? Faites l’exercice et visitez quelques sites sur lesquels on parle du Congo. Consultez les documents officiels des structures étatiques ou des partenaires internationaux. Vous allez y trouver des chiffres qui varient entre 69 et 89 millions d’habitants.

Pour lire la suite de ce texte, prière aller à la rubrique « Le mensuel » du site www.lepapurus.cd  et chercher le Papyrus n°32 ou cliquer ici.

 

Ivan Godfroid

 

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