L’agriculture en RDC, importance et atouts majeurs
octobre 23, 2018
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L’agriculture en RDC, importance et atouts majeurs

INTRODUCTION

 Dans le monde actuel, aucune communauté humaine ne peut se maintenir sans la capacité de produire de quoi se nourrir. Si dans l’ancien temps, la nature pouvait subvenir pleinement aux besoins de l’homme nomade, aujourd’hui, à l’ère de sédentarisme, l’homme doit rivaliser d’ingéniosité pour produire, non seulement sa nourriture, mais aussi d’autres biens et services indispensables à sa vie, notamment par la pratique agricole.

Celle-ci remplit des fonctions qui, actuellement, déterminent, non seulement, le degré de viabilité, mais aussi la puissance des Etats.

Comme on peut le comprendre, une agriculture prospère est un attribut majeur de souveraineté des états modernes qui se veulent respectables, forts et puissants.

Telle devrait être l’ambition de la République Démocratique du Congo (RDC), qui dispose de beaucoup d’atouts majeurs à capitaliser pour booster son agriculture et les secteurs dépendants.

IMPORTANCE DE L’AGRICULTURE

L’agriculture joue fondamentalement trois (3) rôles majeurs: nourricier, industriel et diplomatique.

Le rôle nourricier

Le rôle nourricier vient du fait que la nourriture produite par les activités agricoles est la source de tout ce qui est indispensable pour l’homme, sa   constitution et son fonctionnement physiologique. Au-delà de cet aspect, la nourriture est la source d’énergie nécessaire pour la production de toute activité intellectuelle ou physique, notamment le travail, indispensable à tout développement. Si on admet que l’effort physique fourni est proportionnel au stock d’énergie disponible dans l’organisme, quelqu’un qui a suffisamment mangé fournira plus de travail qu’un affamé. Aussi, nous pensons que, pour un pays en développement comme la RDC, la disponibilité de la nourriture est plus qu’une nécessité. C’est même le préalable pour pouvoir affronter la bataille du développement, d’autant plus que le déficit alimentaire limite, non seulement, la performance au travail, mais affecte aussi la santé et engendre la morbidité, entrainant l’apathie et l’indifférence aux changements et aux innovations, bref au progrès. La sous-alimentation des enfants de moins de cinq (5) ans affecte, de manière irréversible, leur quotient intellectuel, et hypothèque ainsi l’avenir du pays.

Le rôle industriel

Le rôle industriel est consacré par les matières premières d’origine agricole qui permettent l’érection des industries, aussi nombreuses que variées, notamment, dans les domaines de  l’alimentation, de la chimie, du textile et de la pharmacie qui seraient impensables sans l’apport de l’agriculture qui apparait ainsi comme un secteur porteur d’emplois et inducteur de la promotion sociale et du bien-être des populations. Sous cet aspect, l’agriculture est un facteur important pour soutenir la croissance économique, parce qu’elle stimule la mise sur pieds des unités de transformation qui exigent l’accroissement de la production agricole, et, par ricochet sont susceptibles de contribuer à l’amélioration des revenus des paysans. Ainsi, par l’accroissement du volume de production des paysans qui abandonneront progressivement l’agriculture de substance, le secteur agricole pourra contribuer à relever le niveau de l’épargne interne et sa part aux exportations, source d’acquisition des devises pour le pays.

Le rôle diplomatique

Dans les relations entre Etats, l’arme alimentaire est brandie, de plus en plus, dans tous les forums internationaux pour infléchir les décisions ou orienter les choix des pays des affamés qui ne parviennent à couvrir les besoins alimentaires de leurs populations que grâce aux dons des partenaires bilatéraux ou multilatéraux, sous diverses formes (nourriture, intrants, etc.). L’arme alimentaire qui s’assimile à l’arme diplomatique est en passe de régenter les relations dans le monde et classe les pays en deux catégories, celle des forts et puissants, d’un côté, et  celle des faibles et minables, de l’autre.

Contre cet état des choses, pour s’affranchir, la RDC dispose d’un arsenal d’atouts, sous formes de ressources naturelles qui ne demandent qu’à être valorisées.

RESSOURCES DE LA RDC 

   Les multiples ressources dont dispose la RDC sont, ici et là, favorisées ou amplifiées, notamment, par sa taille, sa morphologie ou topographie, sa position géographique et son climat qui va de l’équatorial au tropical, au-delà de deux (2) degrés au Nord et au Sud de l’équateur, jusqu’au tempéré, généré par l’altitude dans la partie orientale du pays.

Selon leur nature, nous pouvons citer les :

3.1. Ressources géo-minérales

Elles comprennent la terre et les minerais.

3.1.1 Terre

La RDC qui est à cheval sur l’équateur, s’étend entre 5°23’9,952’’ de latitude Nord et 13°27’,515’’ de latitude Sud et entre 12°12’23,867’’ et 31°18’19,299 de longitude Est (OSFAC,FACAGRO/UNIKIN), à une altitude qui va de 0 m à l’océan Atlantique à 400 m, en moyenne, dans la cuvette centrale, à plus de 5.100 m, dans la région des « Graben », à l’Est, sur une superficie de 2.345.409 km2. Avec cette taille, la RDC occupe le 12e rang mondial (CIA, 2010).

De cette superficie, 96,6% sont des terres fermes (Lumbuenamo, 1996) offrant une diversité des sols que l’on peut classer en cinq (5) groupes majeurs de référence (FAO, ISRI, IUSS, 2006 ; Ngongo et al. , 2009).

Les ferralsols, 79% de la superficie totale des sols du pays, sont riches en fer et en aluminium et pauvres en matière organique (moins de 1%), en azote (N), en phosphore assimilable (Pass), en magnésium (Mg) et en oligo-éléments essentiels pour les plantes, en l’occurrence le fer (Fe) , le cuivre (Cu),  le manganèse (Mn), le bore (B), le zinc (Zn) et le molybdène (Mo). Telles que présentées, ces caractéristiques contribuent à réduire fortement leur capacité productive qui se limite à, au maximum, trois années. Pour pouvoir produire au-delà de ce seuil, il leur faut une intervention conséquente pour qu’ils puissent garder leur capacité productive (Kadiata et Lumpungu, 2003 ; Lumpungu et al., 2006 et Mukalay, 2016).

Les andosols, développés à partir des cendrées volcaniques, sont d’une grande valeur agricole. Leur contrainte majeure est leur pouvoir fixateur vis-à-vis du phosphore, du bore et du molybdène ou leur toxicité aluminique, lorsqu’ils deviennent acides. Ces sols ont une capacité productive de longue durée, mais, malheureusement, à l’échelle de la RDC, ils ne représentent qu’une petite superficie, dans les limites de la région volcanique. Cependant, une intensification de certaines cultures, à haute valeur commerciale, dans la zone, serait de bon aloi.

Les Nitisols, de couleur ocre-rouge, ont une grande capacité de rétention d’eau. Argileux et peu enclins aux érosions, ils ont comme inconvénient, la toxicité aluminique. On les trouve au Kivu, dans le nord de Bandundu, au Bas-Congo et dans la Province Orientale.

Les Gleysols, qui sont des sols hydromorphes, sont dominants dans la cuvette centrale et dans les fonds des vallées. Ils sont propices pour le paddy.

Les vertisols, communément appelés « terres noires », sont riches en argile, lourds et difficiles à travailler. Ils sont, néanmoins, d’une bonne fertilité, mais, parfois, ils peuvent être salins, comme dans la vallée de la Ruzizi.

De manière générale, en ce qui concerne ‘’la ressource terre’’, la RDC dispose de très grandes étendues de terres arables qui font d’elle le 7e plus grand potentiel agricole du monde (FAO, 2009).

En tout état de cause, les contraintes qui affectent les différents sols congolais, particulièrement les ferralsols qui sont les plus représentatifs (79% des étendues), étant connues et susceptibles d’être  levées par des artifices technico-scientifiques, on peut considérer que la RDC reste un géant agricole potentiel (Ngongo et Mukalay, 2004, et Mukalay, 2016).

3.1.2 Minéraux

Comme on a coutume de le dire, les potentialités minérales de la RDC sont si énormes qu’elles sont qualifiées de ‘’scandale géologique’’. Si nous nous limitons à ceux qui peuvent contribuer à la promotion de l’agriculture, notamment, le calcaire, le phosphate naturel, le gaz méthane, le charbon, le pétrole et le soufre, ils sont susceptibles d’être utilisés dans la production des fertilisants chimiques (chaux agricole, urée, acide sulfurique, engrais phosphatés et sulfatés)  pour les sols de la RDC réputés acides et pauvres. En passant, la nature calcareuse de beaucoup de sous-sols congolais favorise la formation des grottes, où s’accumule le guano, un fertilisant organique, intéressant pour la production agricole (Nkongolo et al., 2016). Dans le contexte de la RDC, son phosphate naturel convient bien à l’usage direct (Lumpungu et al., 2011).

Avec les fertilisants, la productivité des beaucoup de sols congolais sur lesquels les rendements des cultures ne représentent que 34% des rendements mondiaux se trouveraient améliorés (Biloso et Tollens, 2006).

3.2. Ressources biologiques terrestres

Elles comprennent la faune et la flore, dont la majeure partie se trouve dans les forêts occupant 125.106 d’hectares de la superficie du pays.

3.2.1. Faune

Elle est fort diversifiée, aussi bien en nombre d’espèces qu’en taille d’individus qui va de l’éléphant à la petite fourmi, en passant par la chenille. Parmi les animaux, ceux à petite taille, qui ont des teneurs élevées en protéines peuvent constituer des aliments de valeur intéressants, dans la mesure où ils sont aussi à courts cycles de reproduction et peuvent être multipliés en élevage et intégrés dans les activités de production alimentaire.

3.2.2. Flore

Elle est tout aussi diversifiée en nombre d’espèces qu’en taille d’individus. Cette diversité intéresse, il est vrai, la fourniture des aliments pour la consommation humaine et animale, et la mise à disposition des fertilisants organiques (matière organique) et biologiques (fixateurs d’azote et mycorhizes), mais aussi la fourniture des produits intéressant l’industrie chimique et pharmaceutique, notamment.

3.3. Ressources en eau

La RDC dispose d’énormes ressources en eau favorisées par des abondantes pluies, qui sont, elles-mêmes, conditionnées par sa position géographique.

En effet, le fait que 1/3 de la superficie de la RDC se situe au Nord et les 2/3 restants au Sud de l’équateur fait que le pays connait naturellement une alternance des saisons de pluies, une partie de l’année au Nord et une autre, au Sud. Aussi, la forme du pays en bassin qui s’élève progressivement dans son pourtour, pour culminer à plus de 5.100 m à l’Est, force, quasiment, toutes les eaux qui tombent sur sa surface de se diriger, sous forme des cours d’eau, vers le centre, y demeurer comme si elles étaient en adéquation avec les besoins exclusifs du pays et entretenir la régularité du régime du fleuve Congo, dont la pression des eaux, amplifiée par la forte dénivellation du terrain qui va de l’Est à l’Ouest, repousse judicieusement, à l’embouchure, les eaux saumâtres de l’océan Atlantique qui risqueraient de  saliniser les sols à l’intérieur du pays, si elles y entraient en profondeur.                La nature étant, par essence, équilibre, il y a lieu de penser qu’effectivement les eaux de la cuvette congolaise correspondent aux gigantesques besoins de l’évapo-transpiration de la forêt vierge, nécessaire à la régénération des pluies. Si tel est le cas, une extraction de l’eau au-delà de ce qui est naturel, de cet écosystème, pourrait créer un déséquilibre qui engendrerait des conséquences néfastes et irréversibles, à ce jour, inimaginables.

Concernant les précipitations, elles sont de plus de 2.000 mm dans la cuvette centrale et au pied du versant des montagnes de l’Est. Ailleurs, en fonction de l’éloignement de l’équateur, à quelques exceptions près, elles sont, d’au moins, 900 mm par an.

Il faut noter, néanmoins, que par-ci, par-là, leur répartition dans le temps peut ne pas correspondre aux besoins des cultures et exiger des apports supplémentaires (Lumpungu, 1989).

Dans ce contexte, si nous nous limitons à l’agriculture pluviale, la production agricole est aussi alternée. Néanmoins, pendant les périodes sèches, cette activité pourrait être soutenue par les eaux de surface et souterraines, dont le pays dispose aussi en abondance. Cette abondance de l’eau, sous forme de fleuve, rivières et lacs, signifie aussi l’abondance des ressources halieutiques, dont le potentiel estimé à 700.103 Mg.an-1 ne demande qu’à être exploité de la manière la plus rationnelle possible pour en garantir la pérennité.

Les cours d’eau constituent aussi des voies de communication naturelles permettant le transport des volumineux tonnages des produits agricoles à moindre coût par rapport aux autres voies de communication.

Ils ne nécessitent pas de réguliers et onéreux entretiens qu’exigent les voies terrestres, notamment.

3.4. Ressources énergétiques

Elles sont abondantes et variées, différenciées en :

 3.4.1. Ressources énergétiques épuisables

Il s’agit des produits fossiles, dont le charbon minéral, le pétrole, le gaz naturel et le gaz méthane gisant dans le lac Kivu, qui sont autant des produits qui peuvent servir à la production de l’énergie. Néanmoins, cette catégorie de produits épuisables doit être considérée avec circonspect, en raison de leur capacité de nuisance à l’environnement.

3.4.2. Ressources énergétiques renouvelables

Il y a  lieu de citer, ici, l’eau, l’hydrogène et des produits d’origine biologique.          – Le réseau hydrographique étendu de la RDC offre beaucoup de sites avec possibilité de produire de l’énergie électrique propre et bon marché, un atout précieux pour l’érection d’une industrie de transformation de produits agricoles compétitive et susceptible de stimuler, non seulement, la production agricole, mais aussi le développement des milieux ruraux riverains et le bien-être de leurs populations.

-L’hydrogène, à soutirer de l’eau, est le carburant de demain, qui, à ce jour, est sans impact négatif connu sur l’environnement. Sa production pourra être favorisée par la présence de l’eau en abondance et de l’énergie, tout aussi, abondante que bon marché.

-On pourrait aussi citer, dans cette catégorie, les produits d’origine biologiques, utilisables dans divers procédés de production de l’énergie, par combustion directe ou par fermentation. Comme avantage, leurs structures de production peuvent être modulables, mais ils pourraient avoir un impact négatif sur l’environnement.

3.4.3. Ressources  énergétiques inépuisables

 Ici, nous pouvons citer le soleil et le vent.

 

  • La position géographique de la RDC entre les deux tropiques, lui permet de bénéficier pleinement du soleil, tant du point de vue calorifique que luminosité, quasiment pendant toute l’année. L’attention devrait être tournée, de plus en plus, vers cette source d’énergie inépuisable qui est adaptable à la taille des structures, des simples appareils à usage courant, en passant par l’habitation individuelle, jusqu’aux structures les plus complexes (villes).
  • On pourrait ajouter à cette catégorie les vents qui sont tout aussi réguliers et forts, favorisés par la position géographique du pays.

3.5. Ressources humaines

La RDC dispose, à ce jour, d’une population estimée à 70.106 d’habitants. Au rang mondial, elle se classe à la 24e place.

Cette importante masse d’hommes et de femmes présente beaucoup d’intérêt, notamment en termes du nombre des bras à mettre au travail et du nombre des bouches pour la consommation, deux facteurs essentielles pour le développement économique globale du pays.

  1. Conclusion

En termes de ressources naturelles, la RDC dispose de beaucoup d’atouts majeurs, indispensables pour amorcer un développement harmonieux, basé sur l’agriculture, l’élevage et l’exploitation rationnelle des différents produits de sa généreuse nature. Mais, néanmoins, pourvu que l’homme congolais soit en mesure de se hisser au niveau de la compétence managériale qu’il faut dans tous les domaines de la vie nationale.

Christophe Lumpungu Kabamba

Professeur Emérite

Faculté des Sciences Agronomique/Université de Kinshasa/RD Congo

 

Références bibliographiques sélectionnées

°Biloso M et Tollens E (2006), Profil des marchés pour les évaluations des urgences en            sécurité alimentaire en RDC/PAM ; Rome, 93.

°CIA (2010), The World Fact Book.

°FAO/ISRI/IUSS (2006), World Soil Ressources Report, No 103; Rome, corrected version.

°FAO (2009), Statistics Division.

°Kadiata B and Lumpungu K (2003), Differencial phosphorus uptake and use efficiency among selected N fixing tree legumes over time; J. of Plant Nutrition, 26:1009-1022.

°Lumbuenamo RS (1996), Plan National d’Action Environnemental (PNAG), Appui à la Gestion Stratégique de l’Environnement, Ressources en terres ; RD Congo.

°Lumpungu K (1989), Zaïre, Plan National Semencier, Rapport de la mission Mi-parcours.

°Lumpungu K, Mudimbiyi a M et Basemenane M (2006), Supplémentation en Magnésium et en oligo-éléments des cultures en conditions africaines ; An. Facagro/ UNIKIN, Vol. 2, N°2, p. 128-134.

°Lumpungu K, Kadiata B and Gomes M (2011), Assessment of the phosphorus fertilizing efficiency of Kanzi Phosphate rock on garden onion (Allium cepa L.) growth and yield performance; An. Facagro/UNIKIN, Vol. 4, N°1, P.16-24.

°Mukalay M J H (2016), Identification et Restauration des sols dégradés dans la zone agricole du Haut-Katanga/RDC ; Thèse de doctorat, Facagro/UNILU.

°Ngongo L M et Mukalay M J H (2004), Le rapport limon/argile, un critère d’estimation du stade d’altération des sols des régions tropicales ; An. Facagro/UNILU,

°Ngongo L M, Van Ranst, Baerts G, Kasongo L E, Verdoodt B, Mujinya B et Mukalay M J Z  (2009), Guide des sols en RD Congo, UNILU.

°Nkongolo M, Lumpungu K, Kizungu V, Tshimbombo J and Mukendi K (2016), Evaluation of the effect of two forms (dissolved and undissolved) comparative bat guano to Diammonium phosphate on the cultivation of corn (Zea mays L. var. Mus) in the humid tropics of the DRC (Gandajika); Eur. J. of Biotchnology and Bioscience, Vol. 4, Issue 3, March 2016, p. 01-05.

 

 

Lepapyrus

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Comments

  1. Demetrius Brereton
    Demetrius Brereton janvier 31, 10:33
    Schöner Beitrag. Das kann wirklich helfen. https://diebestewebsiteever.de

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